TUNING FORK, le roi des rats

MEM festival Place des arènes, Bilbao, 29 Décembre 2005

Performance réalisée avec Sébastien Herpe, Alexandre Korber et le club de tuning de Bilbao.

La performance utilisera cinq voitures “tunées”, choisies pour leur esthétique et leurs moyens de diffusion sonore. Chaque véhicule jouera sa propre piste musicale, déclenchée par leur conducteur en début de représentation. Notre musique sera une composition abstraite et exubérante, faite d’infra-basses rondes et mouvantes, de vrombissements granuleux, formée de moments d’accords et d’unissons, d’instants de désordre, de cascades arythmiques et tournoyantes, le tout accentué par le jeu de spatialisation qu’offre la disposition dans l’espace des cinq voitures et de leurs systèmes de diffusion indépendants.Cette disposition affirme la volonté de former, à partir de ces cinq éléments, un ensemble jouant une seule et même pièce et créant au final un objet unique assemblé par le son. Cet étrange objet est à l’image de ce roi des rats, animal polycéphale créé dans des circonstances fortement insolites et dont le centre est devenu un noeud : conglomérat de queues de souris, d’humus et de mucus mélangés. Cette performance sera le moyen d’investir un nouveau terrain de jeu, de chercherdifférentes façons d’émettre et de faire entendre des sons. Elle nous permet de pousser la musique au dehors et mettre en scène l’espace dans laquelle elle résonne.

La préparation fut d’abord la découverte de la ville de Bilbao : de la place des arènes, où a eu lieu la performance, aux lieux de répétitions en banlieue de la ville, en l’occurrence une voie sans issue entre une station d’épuration et des anciens abattoirs. Nous avons eu l’occasion d’arpenter les rues, et d’y récolter des sons qui nous ont servis dans les compositions futures, mais également de discuter de notre projet avec des interlocuteurs tels que des carrossiers, garagistes, peintres en carrosserie, vendeurs de système audio et un directeur de tuning club et ses chauffeurs et tous les passionnés qui sans pratiquer soutiennent avec ferveur. Le responsable d’une radio de la ville, Méga Radio, nous a ainsi spontanément invité pour la « minute culturelle » de son émission et annonçait la performance plusieurs fois par jour. Nous avons donc pu habiter la ville mais aussi rentrer en relation avec certains de ses habitants qui cultivent une passion du son et de la forme, à travers leurs voitures. Il nous importait de choisir des voitures « tunées » car elles sont peut-être les objets les plus singuliers que nous connaissions, capables de déplacements et de diffusion sonore et lumineuse. Elles ont été transformées, remodelées pour être en tous points, au plus proche des désirs de leurs propriétaires, dans des proportions et des détails qui éloignent radicalement ces voitures de la simple fonction d’usage de la voiture ordinaire. Par toutes ces formes de personnalisation poussées à l’extrême, elles en sont devenues autres. Par ces implications affectives dépassant les conventions esthétiques classiques, leurs propriétaires façonnent une sorte d’ «autoportrait à moteur », soigné dans les moindres détails, comme autant de facettes d’une personnalité à faire apparaître dans le portrait. Ces interlocuteurs qui pratiquent ainsi la métamorphose était à même de devenir nos performeurs. Grâce à eux, nos figures de rats pouvaient plus aisément advenir et se faire entendre. La composition des sons s’est faite progressivement. Il nous fallait accorder ces cinq voix et garder leurs particularités pour qu’elles puissent se différencier les unes des autres dans l’espace de la représentation. Les répétitions ont permis de creuser ces différences sonores pour préserver cette même singularité qui caractérise chaque membre du Roi des rats, puisqu’il se compose d’animaux n’ayant pas forcément le même âge, ni par conséquent la même taille, mais provenant seulement de la même espèce. Ces voitures étaient parfaitement à l’image de rats qui parcours la ville, en font leur territoire. Ils peuvent l’envahir et à la fois tracent des réseaux comme autant de de veines qui la font respirer. Les rats d’une ville sont toujours le premier baromètre de l’état de santé d’une ville, de son taux de pollution jusqu’aux risques d’épidémies qu’elle encourt. Ils habitent souvent autant notre imaginaire que nos rues. Ils peuplent autant les mythes et les rêves que le réel le plus cru et sont à cet égard les passeurs de l’un à l’autre de ces univers. Ils s’érigent ainsi en modèle, en figure artistique et en sont comme par hasard un anagramme (arts/rats).

Le roi des rats, curiosité de la nature, éveillant celle des scientifiques, devient une énigme et un animal merveilleux comme en témoigne le nom qu’on lui donne, qui l’élève au rang de roi. De plusieurs il s’est fait un, à la place d’une tête il en a plusieurs, et son centre principal est un centre nerveux, fait de la réunion de toutes ces queues, scellées dans la matière de leur nid. C’est aux regards des tous ces éléments que s’est développée la composition sonore. De cette habitation première qui est la ville, des sons qui la composent redonnés alors dans le même environnement : une place au coeur de l’activité urbaine, nous avons cheminé vers une métamorphose progressive où les sons de la ville dissimulaient encore la course des rats, avant qu’elle ne se fasse plus clairement entendre, qu’elle prenne le dessus sur les bruits de la ville. Tenus dans une concentration de tissus nerveux à cet instant amassés, ils unissent leurs cris avant de disparaître. La performance ainsi se termine; les voitures que cet événement a réuni, redémarrent leurs moteurs et disparaissent dans les rues, chacune de leur côté.

The performance meets the requirements of multibroadcasting using five tuned cars selected for their aesthetic ans their sound system. A particular sound track will come out of each car. This music composition is abstract and exuberant, made of moments of chords and unison or moments of desorder, of non rhythmical and revolving tumbles. The whole system will be emphasized by the position of the cars in space and their independant sound systems. This arrangement creates a real cohesion, united by sound. This strange composed object looks like this “king of rats”, a multi-headed animal created in very special, unusual circumstances; a creature the center of which has become a knot: a conglomerate of mouse tails mixed with humus and mucus. Of several he has made ​​one, instead of one head there are several ones, and its main center is a nerve center made by the union of all these tails, sealed in ​​their nest. It’s with this “king of rats” that we’ve developed sound composition. With this place in the heart of urban activity, we walked towards a gradual metamorphosis where the sounds of the city still hid the rats race. The rats appear slowly, more and more clearly, until they outperform the sounds of the city. Held in a concentration of nervous tissue, they unite their cries before disappearing. The performance is finished and the carriages that this event brought together, restart their engines and disappear into the streets, each on their side. The preparation was first the discovering of the city of Bilbao, Arenas Plaza, where the performance has taken place, outdoors rehearsal places in the suburbs, the dead ends from a wastewater treatment plant and the old slaughterhouse. I had the opportunity to walk the streets, and to collect sounds that have served us in the future compositions and also to discuss our project with partners such as body shops, garages, painters for cars, audio system sellers and a director of tuning club and his drivers and all the fans who fervently support without practicing. They are the smugglers from one to the other of these worlds, as a figure of an artistic ideal. So we’ve lived in the city by interacting with some of its inhabitants who cultivate a passion for sound and form, through their cars. These cars “tune” have been transformed, reshaped to be to the nearest of the desires of their drivers, far of the first function of a regular car. By these emotional implications that go beyond classic aesthetic conventions, their owners created a kind of a self-portrait motorized. People who practice the metamorphosis was perfect to become our performers. These cars were perfectly in the image of rats who go in the city, make it their territory. They can invade and both draw up many networks as veins that make breathe the city. The rats of a city are always the first barometer of the health of a city, its pollution, the risk of epidemics that it incurs. They often live in our imagination as much as in our streets. They inhabit as myths and dreams than the raw reality.