Quelquejeu // Museur

Le Collectif Quelquejeu est constitué de Gérard Parésys, Ursula Gastfall, Alexandre Korber et est dédié à la création d’installations sonores.

Projet Museur :

Petite histoire étymologique et biologique du Museur :

 

Le Museur tire son nom de la racine d’ancien français : « mus ». A l’instar de F.C. Diez (fondateur de la linguistique romane), « Muser » serait « un dérivé du radical mus, museau ; de sorte que muser serait se tenir le museau béant, la bouche béante. » (Dictionnaire de l’Académie française, 8èmeédition). « Museur » désigne explicitement cet organe de perception, et décrit particulièrement son activité de chasseur qui ne cesse de fouiner, de fureter sans répit dans le réseau. Il emprunte toutes les pistes possibles pour chasser ses proies favorites : les sons. Le Museur est un chasseur de son, lancé comme un prédateur acharné à travers l’internet. Il opère grâce à des outils logiciels, une fouille méticuleuse, une filature implacable à travers le réseau, pour en extraire, toutes la matière sonore qu’il rencontre. Le Museur est une pompe de large envergure, qui use de stratégies afin de recueillir une matière brute et densifiée, procédant par accumulation, il construit un générateur portant les caractères infiniment fluctuant du réseau. C’est en jouant de ce générateur d’un type particulier, que le visiteur peut intervenir, en modulant sa matière : sa couleur, sa forme, sa densité. Ses déplacements au sein du réseau s’organisent à partir d’un vaste lexique composé d’une multitude de dictionnaires. Ses périples sont d’abord initiés par une requête; c’est à partir d’un mot, qu’il s’immisce dans le réseau et se lance à la recherche de toute matière sonore associée, à la manière d’un moteur de recherche d’un nouveau genre…

Le Museur suit sa piste de lien en lien, jusqu’à l’épuisement des possibilités. De quête en quête, il étend toujours plus son territoire et rassemble ainsi des sons venus d’aussi loin que possible. Cette somme de va-et-vient, cette agitation permanente se transmet à la nature fluctuante du son qui parvient au visiteur. Le Museur : avaleur boulimique, tend à absorber tous les sons comme il avalerait tous les bruits du monde jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un seul qui ne soit passé par sa gueule.

A partir d’une accumulation de sons particuliers appartenant à un champ précis et relevant d’un certain contexte, se reforme, grâce au Museur, une matière massive et brute. Ses fluctuations travaillent comme des variables impondérables qui prodiguent à la sonorité ses qualités hybrides. Nous jouons avec ces caractères induits par le réseau afin de les exacerber. Par cette expérience, se reforme une matière, qui n’est pas un véhicule d’informations, infléchi dans un certain sens : rationnel, signifiant, prédéterminé, mais comme une matière redevenue une énergie pure, telle les oscillations de l’électricité avec ses variations.

Nous proposons donc, l’expérimentation de cette sorte d’instrument «sauvage » qui permet d’entendre et de percevoir furtivement quelque chose « des bruits du monde », de ce déversement incessant venu du réseau, pour l’attraper par endroit et en jouer. Ainsi nous faisons nôtre ce désir formulé par Montaigne sur la course du temps : « je veux arrêter la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma saisie : et par la vigueur de l’usage compenser la hâtiveté de son écoulement. A mesure que la possession du vivre est courte, il me faut la rendre plus profonde et plus pleine. » Montaigne, (Les essais, Livre III, De l’expérience).

 

Les terriers, les territoires du Museur :

 

Remontant périodiquement à la surface et soucieux d’habiter au mieux son nouveau terrain de jeu, notre animal, module son terrier, sa forme, en fonction des réalités physiques du terrain nouvellement investit, ainsi que des autochtones qu’il y côtoie, ..Cf. carte : les apparitions du museur. A chaque apparition : un nouveau terrier, un nouveau modèle :

 

Le museur modèle A :

Sa première apparition du Museur eût lieu en juin 2008. Par une belle journée de printemps, il est venu se loger à Vitry en banlieue parisienne, en plein cœur d’un laboratoire de hackers : le tmplab, qui organisait alors son premier festival : le HSF (Hacker Space Festival). A proximité des espaces de workshops et de conférences de nerds, de geeks, de programmateurs en tous genres, il s’est installé dans un long couloir exigu où l’on pouvait venir troubler sa quiétude à tout moment du jour et de la nuit.

 

Le museur, modèle B :

La deuxième apparition, d’ailleurs signalée par voie de presse, (voir l’article publié par le quotidien national Ouest-France du ….. ), eût lieu sur l’île de Groix dans l’océan atlantique au large des côtes bretonnes. Il s’était alors terré dans les fondations d’un château fort, dit « Fort grognon », en plein coeur de la pierre, niché dans les courbures d’un long et massif tunnel. Dés les abords des excavations du château, on pouvait y entendre ses vociférations.

 

Le museur, modèle C :

La troisième apparition et la dernière connue à ce jour du Museur a eu lieu dans l’espace de la galerie Abisal, sur les hauteurs de Bilbao, haut-lieu du pays basque espagnol.